Je suis l’esclave du Seigneur
« Marie dit : Je suis l’esclave du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole. Et l’ange s’éloigna d’elle. » (Luc 1.38)
La vision ineffable et pure de l’annonciation de l’ange Gabriel à Marie, le mystère de sa virginité, le caractère sublime de tout l’épisode, ne nous ont parfois pas permis d’analyser la dimension humaine, les conséquences que put avoir pour la jeune fille l’acceptation de la maternité de Jésus. Accueillir cette noble mission que lui annonce l’ange impliquait une série de difficultés et beaucoup de dangers : Marie était promise à Joseph et, comme elle le dit elle-même, n’avait jamais connu d’homme. Elle accepta, par conséquent, le risque du discrédit et de la honte d’une grossesse illégitime, et il était presque certain qu’elle serait répudiée par son promis. De plus, ce qui était plus grave encore, elle prenait le risque de perdre sa propre vie, parce que les lois rigoureuses de l’époque condamnaient à la lapidation les jeunes femmes mariées qui tombaient enceintes d’un autre homme (Deutéronome 22.23-24).
Marie connaissait la cause de son étrange grossesse. Elle savait que le fils de ses entrailles serait conçu pour l’œuvre et la grâce de l’Esprit Saint ; mais qui la croirait ? Si aujourd’hui, en dépit de tous les progrès qu’a faits la théologie dans le domaine de l’hypothèse de la double nature divino-humaine du Fils du Dieu, de nombreux théologiens positivistes nient absolument la nature surnaturelle de la gestation de Jésus dans le sein de Marie, pouvons-nous, nous, imaginer comment ses voisins, sa famille et les autorités religieuses interprétèrent sa mystérieuse grossesse ? Cette jeune fille joua son rôle dans cette scène imitant le Fils de Dieu, acceptant humblement et docilement l’opprobre, les blagues, l’incompréhension, le mépris de tous (y compris celui de Joseph, son futur époux) et la solitude d’une mission sacrée qu’elle seule connaissait. Sans poser de conditions, elle répondit à l’ange : « Je suis l’esclave du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole. »
Parfois, nous situons Marie dans sa splendeur, « pleine de grâce et bénie entre toutes les femmes », bien loin de notre propre expérience, sans nous rendre compte qu’on nous demande aussi, dans des circonstances déterminées, l’acceptation soumise de devoirs et positions qui génèrent à notre égard du rejet, des critiques, le mépris, des privations, de fausses accusations, la marginalisation, des pertes matérielles et aussi des agressions physiques de la part des gens qui nous entourent.
Êtes-vous disposé à accepter, en dépit de tout, et à répondre au Seigneur, comme cette femme exemplaire, « qu’il m’advienne selon ta parole » ?
(« Mais il y a un Dieu dans les cieux » Carlos Puyol Buil. Ed: Safeliz)