Le choix de Marie
« Comme Jésus était à Béthanie, chez Simon le lépreux, une femme s’approcha de lui. Elle tenait un flacon d’albâtre plein d’un parfum de grand prix et, pendant qu’il était à table, elle répandit le parfum sur sa tête. En voyant cela, les disciples s’indignèrent : À quoi bon ce gaspillage ? […] Jésus s’en aperçut ; il leur dit : Pourquoi tracassez-vous cette femme ? Elle a accompli une belle œuvre à mon égard. […] En répandant ce parfum sur mon corps, elle l’a fait pour mon ensevelissement. » Matthieu 26.6-12
Cette histoire n’est pas à sa place dans le contexte de la dernière entrée de Jésus à Jérusalem. Matthieu semble avoir délibérément choisi de placer cet épisode de l’onction entre le passage relatant le complot des chefs juifs et celui de la trahison de Judas. En effet, il ne respecta pas l’ordre chronologique des événements. Jean situe le récit de l’onction six jours avant la Pâque, et il mentionne que l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem eut lieu le lendemain. Pourtant, Matthieu ne choisit pas d’inclure ce récit dans son Évangile uniquement pour expliquer les motivations des actions de Judas. Au contraire, l’onction faite par Marie contient un message unique et essentiel : son immense dévouement vis-à-vis de Jésus fut le symbole de sa gratitude à son égard. Contrairement aux chefs juifs et à Judas qui prirent des mesures pour faire obstacle à Jésus, Marie montra à quel point elle aimait celui qui avait tant fait pour elle personnellement et qui avait ramené son frère Lazare à la vie. De plus, l’onction est un symbole riche de sens. Après tout, le sens même du mot « Messie » ou « Christ » est « celui qui est oint ». Tout comme les rois et les prêtres recevaient l’onction dans l’Ancien Testament, Marie décida d’oindre Jésus.
Le point qui est peut-être le plus surprenant dans ce récit est l’explication donnée par Jésus, qui déclara qu’en agissant ainsi, Marie le préparait pour son ensevelissement. Ceci indique une fois de plus que Jésus contrôlait la situation. Après tout, habituellement le corps d’une personne n’était pas oint pour l’ensevelissement avant qu’elle ne meure. L’onction était généralement accomplie sur les cadavres, et non sur les personnes vivantes, sauf dans le cas des criminels. Ainsi, l’interprétation que fit Jésus du geste de Marie semble indiquer à juste titre que sa mort serait semblable à celle d’un criminel, enterré sans cérémonie particulière.
Les histoires de Judas et de Marie nous invitent à nous poser une question cruciale : où nous situons-nous ? Sommes-nous du côté de l’extravagante Marie qui, par abnégation, donna tout ce qu’elle avait à Jésus, ou sommes-nous du côté de Judas, qui considérait Jésus comme un moyen de servir ses propres intérêts ? Ce n’est pas une question facile, car d’une certaine façon, un Judas est tapi en chacun de nous. Fort heureusement, une Marie est aussi en nous. Il nous revient de choisir le trait de caractère qui doit dominer dans notre vie. (George Knight – Tournez les yeux vers Jésus)